"Le Miracle des Loups" d'Henry Dupuy-Mazuel

Publié le par Michel Sender

"Le Miracle des Loups" d'Henry Dupuy-Mazuel
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« Le mois de Juin fut remarquable cette année-là par une chaleur précoce et terrible. Depuis vingt ans, exactement depuis le 30 Mai 1452, où l’ardeur surprenante du soleil avait brûlé des régions entières, jaunissant les plaines vertes, les vignes des coteaux et les forêts accrochées aux flancs des montagnes, on n’avait éprouvé un tel bouleversement des saisons.

Mais, malgré l’heure torride de midi, une agitation grandissante animait les rues de Beauvais. Des femmes, montrant aux fenêtres un visage angoissé, lançaient aux hommes des paroles que ceux-ci n’écoutaient guère, courant aussi vite qu’ils le pouvaient, comme pris de panique, dans la direction de la place où s’élevait la Maison de Ville.

Cet affolement semblait provenir des jardins de l’évêque et des faubourgs blottis aux pieds des remparts. Une nouvelle courait de bouche en bouche avec la rapidité d’un vol d’hirondelle. En se prêtant la main pour emplir de meubles et de linges les chariots traînés par de grands bœufs roux, ou pour charger de paquets divers les chevaux et les mules, les habitants de ces maisons suburbaines et les paysans fuyant la campagne se la répétaient :

— Il approche. Il est là. Les villes sont mises à sac, les champs pillés, et les fermes flambent dans la nuit comme des feux de la Saint-Jean. » [*]

 

Après Belphégor d’Arthur Bernède (voir ce blog le 2 novembre 2025), j’ai repris la lecture (en fait, j’étais dessus lorsque est intervenu le cambriolage au Louvre) du Miracle des Loups d’Henry Dupuy-Mazuel, un livre faisant partie d’un projet de romans historiques associés à des productions cinématographiques (le film de Raymond Bernard, pour la Société des romans historiques, ayant été réalisé presque simultanément), avec une prépublication dans la Revue de Paris (du 15 octobre au 15 novembre 1924) puis l’édition en volume chez Albin Michel.

Le Miracle des Loups, ensuite, fut de nouveau très populaire grâce au film d’André Hunebelle (qui repasse de temps en temps sur Arte mais que je n’ai pas revu récemment), sorti en 1961, avec notamment Jean Marais et Jean-Louis Barrault (dans le rôle de Louis XI).

Je voulais enfin lire ce Miracle des Loups qui, à l’instar de La Porteuse de pain (voir ce blog le 4 octobre 2023) et du Médecin des pauvres de Xavier de Montépin, figurait dans la maigre bibliothèque familiale héritée de ma mère, ainsi que la Jeanne de Reims [**] du même Henry Dupuy-Mazuel.

Le Miracle des Loups (« l’enluminure d’une page de notre histoire de France », s’enthousiasmait Henry Bordeaux dans sa préface) souhaitait remonter à une période du quinzième siècle de l’histoire française du conflit entre Louis XI et Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, se terminant, à son apogée, en 1472, par le siège de Beauvais et l’héroïque intervention de Jeanne Fouquet, dite « Jeanne Hachette ».

Pour cela, sur la base d’un contexte relativement exact, Henry Dupuy-Mazuel avait imaginé une histoire d’amour entre Jeanne Fouquet, filleule de Louis XI, et un certain Robert Cottereau, affidé à la famille de Bourgogne, et donc (comme dans Roméo et Juliette), interdit de se marier avec Jeanne.

De plus, au moment de l’entrevue de Péronne, en 1468, Jeanne Fouquet avait sauvé Louis XI en réalisant un invraisemblable « miracle des loups » : en se regroupant autour d’elle et sans la toucher, des loups avaient empêché qu’elle soit tuée et permis la transmission d’un message primordial pour le royaume…

Je ne vous raconterai rien de plus de cette intrigue embrouillaminesque (qui d’ailleurs s’achève sur une fin heureuse !) mais m’attacherai plutôt à un détail qui m’a frappé.

Les premières éditions du Miracle des Loups (j’ai pu le vérifier grâce à l’aperçu d’une édition électronique de 2014 sur Google Books) comportaient en réalité deux préfaces, celle d’Henry Bordeaux, déjà citée, où ce dernier se félicitait d’ « un sens historique que mon savant confrère Camille Jullian appréciera mieux que moi », puis de celle de Camille Jullian qui de son côté reconnaissait puis s’interrogeait honnêtement : « Fouquet ou Laisné, Jeanne n’a point existé, et Robert Cottereau, si on ne le peut rejeter lui aussi, comment le dessiner d’après nature ? »

Or, allez savoir pourquoi, dans les éditions suivantes, la seconde préface de Camille Jullian disparut complètement, de même que l’allusion par Henry Bordeaux à son « savant confrère ». Précédemment codirecteur de la collection, Camille Jullian disparut également des couvertures !

 

Michel Sender.

 

[*] Le Miracle des Loups d’Henry Dupuy-Mazuel, préface de M. Henry Bordeaux, collection « Les Romans d’Histoire de France », éditions Albin Michel, Paris, 1924 (47e mille) ; XIV + 238 pages, 7 fr.  50.

"Le Miracle des Loups" d'Henry Dupuy-Mazuel

[**] Mon exemplaire de Jeanne de Reims d’Henry-Dupuy Mazuel (éditions Albin Michel, 3e mille, juin 1935) fait la promotion, outre du Miracle des Loups, de Le Joueur d’Échecs, Le Chant de l’Alouette et de Chrestos, écrit en collaboration avec Auguste Dupouy, nouveau directeur d’une « Bibliothèque des Romans d’Histoire ».

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Couverture des premières éditions

Couverture des premières éditions

Publié dans Littérature

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