"Le Rouge et le Noir" (2) de Stendhal
« LES PLAISIRES DE LA CAMPAGNE
O rus quando ego te adspiciam !
VIRGILE
— Monsieur vient sans doute attendre la malle-poste de Paris, lui dit le maître d’une auberge où il s’arrêta pour déjeuner.
— Celle d’aujourd’hui ou celle de demain, peu m’importe, dit Julien.
La malle-poste arriva comme il faisait l’indifférent. Il y avait deux places libres.
— Quoi ! c’est toi, mon pauvre Falcoz, dit le voyageur qui arrivait du côté de Genève, à celui qui montait en voiture en même temps que Julien.
— Je te croyais établi aux environs de Lyon, dit Falcoz, dans une délicieuse vallée près du Rhône.
— Joliment établi. Je fuis.
— Comment ! tu fuis ? toi, Saint-Giraud ! avec cette mine sage, tu as commis quelque crime ! dit Falcoz en riant.
— Ma foi, autant vaudrait. Je fuis l’abominable vie que l’on mène en province. J’aime la fraîcheur des bois et la tranquillité champêtre, comme tu sais ; tu m’as souvent accusé d’être romanesque. Je ne voulais de la vie entendre parler politique, et la politique me chasse. » [*]
Ayant trouvé récemment une version dvd du grand téléfilm en deux parties, Le Rouge et le Noir, réalisé par Jean-Daniel Verhaeghe en 1997 pour TF1, j’ai ressorti également le coffret du film de Claude Autant-Lara, produit en 1954 par la compagnie Franco-London Film.
Et, bien évidemment, j’ai brassé plein d’exemplaires du roman de Stendhal.
Comme, dans une première mention sur ce blog le 15 janvier 2020, j’avais choisi la page de titre du tome premier de l’édition originale Levavasseur (datée 1831, l’on sait qu’elle parut en fin d’année 1830), je prends aujourd’hui la page du tome second qui commence ensuite par le chapitre « Les plaisirs de la campagne » qui marque bien la coupure qui s’opère par, après Verrières et le séminaire de Besançon, la montée à Paris.
Pour m’accompagner cette fois-ci dans Le Rouge et le Noir, j’ai choisi l’édition de Samuel Silvestre de Sacy (qui présenta en 1969 les deux volumes Stendhal de « L’Intégrale/Le Seuil ») pour le Club français du livre (1949, collection « Les Portiques », avec Lamiel ; réédition de 1961) et celle de Michel Crouzet pour Le Livre de Poche (Librairie Générale Française, 1997 ; réimpression de mai 2008).
Le film de Claude Autant-Lara, à l’époque très décrié par les tenants de la Nouvelle-Vague, nous apparaît aujourd’hui, malgré son classicisme froid, comme une réalisation remarquable, grâce à ses interprètes et surtout par l’extrême qualité de ses décors et la somptuosité des images. Tout est reconstitué en intérieur (aux Studios Francœur), sans aucune scène extérieure (à part peut-être la séquence finale de Gérard Philipe sur des remparts). C’est quasiment du théâtre, avec des dialogues au couteau.
En revanche, évidemment, pour le téléfilm de Jean-Daniel Verhaeghe, la Nouvelle-Vague est passée par là, il y a beaucoup de scènes en décors naturels, les interprètes sont plus spontanés, avec le savoir-faire des productions télévisuelles françaises.
L’adaptation de 1954 a fait l’impasse sur l’abbé Chélan mais a conservé l’épisode Amanda Binet, tandis que le téléfilm de 1997 l’ignore tout en développant beaucoup plus les différents abbés, le comte Altamira ou Madame de Fervaques…
De toute façon, pour moi, le visionnage des adaptations filmiques n’est qu’un tremplin pour, encore et toujours, lire et relire un livre important, en partant de l’évidence que le cinéma, s’il en développe l’intérêt, parvient difficilement à égaler la qualité littéraire d’une œuvre.
Michel Sender.
[*] Le Rouge et le Noir (1830), tome second [Chronique du XIXe siècle en page de titre ; Chronique de 1830 en ouverture du chapitre premier], de Stendhal, Paris, Levavasseur, Libraire, Palais-Royal, 1831 ; 488 pages environ (BnF Gallica). [Marquée Virgile dans l’édition originale, l’épigraphe du chapitre est d’Horace. Figure, pour l’ensemble du volume, une citation attribuée à Sainte-Beuve : Elle n’est pas jolie, elle n’a point de rouge.]
Le Rouge et le Noir (1954), film de Claude Autant-Lara d’après Stendhal, adaptation et dialogues avec Jean Aurenche et Pierre Bost, avec, entre autres : Gérard Philipe (Julien Sorel), Danielle Darrieux (Madame de Rênal), Jean Martinelli (Monsieur de Rênal), Antonella Lualdi (Mathilde de La Mole), Jean Mercure (Marquis de La Mole), Antoine Balpêtré (l’abbé Pirard)… (Coffret 2 dvd, Gaumont vidéo, 2013.)
Je conserve précieusement (même en mauvais état, recollé au scotch) un exemplaire familial de l’édition Flammarion de 1954 avec des photographies du film sur chaque côté de couverture (638 pages, 450 francs).
Le Rouge et le Noir (1997), téléfilm de Jean-Daniel Verhaeghe d’après Stendhal, adaptation avec Danièle Thompson, avec, entre autres, Kim Rossi Stuart (Julien Sorel), Carole Bouquet (Madame de Rênal), Bernard Verley (Monsieur de Rênal), Judith Godrèche (Mathilde de La Mole), Claude Rich (Marquis de La Mole), Maurice Garrel (l’abbé Chélan), Rüdiger Vogler (l’abbé Pirard), Pierre Vernier (l’abbé Frilair), Claudine Auger (Madame de Fervaques)… (Dvd Mediaset – Alya productions - TF1 – Telfrance – LCJ éditions, 2004.)
À l’occasion de la sortie de Jean Valjean dans les salles, rouvrons Les Misérables de Victor Hugo :
« Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans de certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible ; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles.
Hauteville-House, 1862. »
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