"Le Club Dumas" d'Arturo Pérez-Reverte
« LE VIN D’ANJOU
Ce début annonce au lecteur qu’il doit
assister à de sinistres scènes.
(E. Sue, Les Mystères de Paris)
Je m’appelle Boris Balkan et j’ai traduit autrefois La Chartreuse de Parme en espagnol. À part cela, mes critiques et recensions paraissent dans les suppléments et revues littéraires de la moitié de l’Europe, je donne des cours d’été sur la littérature contemporaine et j’ai publié plusieurs livres sur le roman populaire du XIXe siècle. Rien de spectaculaire, je le crains ; surtout à une époque où les suicides se déguisent en homicides, où le médecin de Roger Ackroyd écrit des romans, où trop de gens s’entêtent à publier deux cents pages sur les passionnantes expériences qu’ils vivent en se regardant dans le miroir.
Mais restons-en à notre histoire. » [*]
Très admirateur du Tableau du Maître flamand ou du Hussard (voir ce blog le 31 octobre 2022), j’ai été très heureux de trouver enfin Le Club Dumas d’Arturo Pérez-Reverte que je recherchais depuis un bout de temps.
J’ai entrevu une fois le film de Roman Polanski, La Neuvième Porte, à la télévision, mais cela ne suffisait pas à mon intérêt.
En effet, dès le commencement, Le Club Dumas nous plonge dans l’univers du roman populaire et dans celui des libraires spécialisés ou des chercheurs d’ouvrages rares.
Le narrateur en est Boris Balkan, critique littéraire et traducteur, mais, très vite, il se cache derrière l’expérience et les aventures de Lucas Corso, « un mercenaire de la bibliophilie, un chasseur de livres à gages », qui vient le voir avec un manuscrit du Vin d’Anjou, le chapitre XLII des Trois Mousquetaires, de la main d’Auguste Maquet avec les annotations et corrections d’Alexandre Dumas père.
En l’occurrence, Corso travaille comme intermédiaire pour un libraire, Flavio La Ponte, mais a récupéré le manuscrit chez un éditeur et collectionneur, Enrique Taillefer, qui, une semaine auparavant, a été retrouvé pendu chez lui…
Corso doit impérativement faire authentifier son manuscrit du Vin d’Anjou et, dans le même temps, pour un autre libraire, Varo Borja, féru d’ésotérisme et de démonologie, trouver d’autres exemplaires, au Portugal et en France, du Livre des Neufs Portes du Royaume des Ombres, « une espèce de manuel pratique pour invoquer le diable » remontant au XVIIe siècle, et cela également pour en vérifier la conformité.
Ainsi Corso s’en va d’abord consulter les frères Ceniza, relieurs et restaurateurs de livres à Madrid, ayant eu entre les mains Les Neufs Portes, puis, à Sintra, un bibliophile portugais, Victor Fargas, et, ensuite, à Paris, un « libraire de la rue Bonaparte ».
Pendant ses pérégrinations, Corso constate cependant qu’il est suivi par un mystérieux « homme à la balafre » (que, par référence aux Trois Mousquetaires, il appelle Rochefort), puis par une jeune femme qui, elle, se présente comme Irene Adler (personnage d’Arthur Conan Doyle), domiciliée 221B Baker Street (l’adresse de Sherlock Holmes) et que, dans son esprit, Corso identifie, lui, à la Biondetta du Diable amoureux de Jacques Cazotte.
Irene Adler se révèle également une grande lectrice des Trois Mousquetaires et, Corso (à qui elle plaît beaucoup) et elle vont devoir affronter Liana Taillefer, la veuve d’Enrique Taillefer, qui veut récupérer Le Vin d’Anjou (Corso la compare à Milady de Winter), sachant que leur parcours s’avère semé d’embûches et de meurtres…
Le lecteur (moi, en l’occurrence) a parfois de la peine à se retrouver dans les personnages et les intrigues qui se nouent et se dénouent, mais se laisse entraîner malgré tout (et bien volontiers) dans les lieux les plus inquiétants, notamment les « souterrains de Meung », référence à l’incipit des Trois Mousquetaires : « Le premier lundi du mois d’avril 1625, le bourg de Meung, où naquit l’auteur du Roman de la Rose, semblait être dans une révolution aussi entière que si les huguenots en fussent venus faire une seconde Rochelle. » (Voir ce blog le 18 septembre 2020.)
Devinez, dans le roman d’Arturo Pérez-Reverte, qui est Richelieu ?
Michel Sender.
[*] Le Club Dumas ou L’Ombre de Richelieu (El club Dumas o La sombra de Richelieu, 1993) d’Arturo Pérez-Reverte, illustrations de Francisco Solé, roman traduit de l’espagnol par Jean-Pierre Quijano [éditions Jean-Claude Lattès, 1994], Le Livre de Poche, Librairie Générale Française, Paris [1995], onzième édition, mars 2005 ; 448 pages, 6 € (en couverture : illustration de Christian Broutin).
D’abord publiés en français chez Jean-Claude Lattès, puis aux éditions du Seuil, les nouveaux livres d’Arturo Pérez-Reverte paraissent désormais chez Gallimard qui, petit à petit, reprend les anciens titres : par exemple, Le Maître d’escrime (El maestro de esgrima, 1988), traduit de l’espagnol par Florianne Vidal [Le Seuil, 1994], est réédité en « Folio ».
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