"Les Regrets" de Joaquim du Bellay
« À SON LIVRE.
Mon Livre (et je ne suis sur ton aise envieux)
Tu t'en iras sans moi voir la cour de mon Prince.
Hé chétif que je suis, combien en gré je prinsse a,
Qu'un heur pareil au tien fût permis à mes yeux !
Là si quelqu'un vers toi se montre gracieux,
Souhaite-lui qu'il vive heureux en sa province :
Mais si quelque malin obliquement te pince,
Souhaite-lui tes pleurs, et mon mal ennuyeux.
Souhaite-lui encor qu'il fasse un long voyage,
Et bien qu'il ait de vue éloigné son ménage,
Que son cœur, où qu'il voise b, y soit toujours présent :
Souhaite qu'il vieillisse en longue servitude,
Qu'il n'éprouve à la fin que toute ingratitude,
Et qu'on mange son bien pendant qu'il est absent.
- Prisse. b. Aille (subjonctif d’aller). » [*]
En mentionnant sur ce blog (le 28 juillet 2026), le sonnet 31 (« Heureux qui, comme Ulysse… ») des Regrets de Joaquim du Bellay, j’étais un peu déçu de ne pas avoir d’édition plus récente que celle de 1967 au Livre de Poche (aujourd’hui disponible en « Poésie/Gallimard » depuis 1975).
Or, en furetant dans une librairie, je suis tombé sur une nouvelle édition au Livre de Poche, réimprimée tout récemment. (On mentionne aussi l’édition Garnier Flammarion [1971 et 1994, dont j’ignore la disponibilité] due à Françoise Joukovsky, grande spécialiste de Ronsard et des poètes de La Pléiade.)
Je vous en donne l’ouverture (« À son livre ») où l’on note, d’ailleurs, une allusion au sonnet 31.
L’édition de François Roudaut (à l’orthographe modernisée) suit la présentation d’origine des sonnets (les quatorze vers sans espace mais avec un décalage par strophes ou tercets) et multiplie les notes (en bas de page pour les explications de langue, regroupées plus loin pour l’histoire et les références).
Bref, une édition moderne permettant de choisir ses modalités de lecture, le recueil Les Regrets ne dépassant pas une centaine de pages.
Je tiens également à citer le dernier paragraphe (très significatif) de la « Note sur la présente édition » de François Roudaut :
« Donner un texte à lire, c’est-à-dire le reproduire et l’annoter — l’accompagner —, est une sorte de devoir moral que l’on effectue à l’égard d’un mort. Je souhaite avoir fait preuve, comme nombre de mes prédécesseurs en ce domaine, sinon de justesse, du moins de piété. »
Tout ce que nous aimons.
Michel Sender.
[*] Les Regrets suivi de Les Antiquités de Rome, Le Songe de Joaquim du Bellay, édition présentée et annotée par François Roudaut, Le Livre de Poche classiques, Librairie Générale Française, Paris, juin 2002, réimpression d’avril 2025 ; 384 pages, 6,90 € (en couverture : Ippolito Caffi, Le Château Saint-Ange, Rome, XIXe siècle).
/image%2F1341490%2F20260811%2Fob_39d95e_du-bellay-les-regrets-ldp-2002.jpg)
/image%2F1341490%2F20260811%2Fob_a77e99_du-bellay-les-regrets-gf-flammarion.jpg)