"Le Signe du caducée" d'Archibald Joseph Cronin

Publié le par Michel Sender

"Le Signe du caducée" d'Archibald Joseph Cronin
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« À six heures, comme chaque soir, un sentiment d’attente arracha la maison à sa longue après-midi de vague rêverie. Ma mère allait et venait dans la cuisine, préparant le dîner ; comme je gagnais la pièce de devant, elle se mit à chanter quelque chose où il était question d’une fille de meunier qui se couchait pour mourir. Ma mère chantait ces tristes ballades écossaises avec vivacité, et sa voix était si naturellement enjouée qu’elle les faisait paraître gaies. Pour regarder par la fenêtre, je montai sur le prie-Dieu. Bien que je fusse sur le point de rentrer à l’école, j’avais encore besoin du prie-Dieu pour me hausser. » [*]

 

Archibald Joseph Cronin (1896-1981) fut un écrivain britannique très apprécié dont on cite souvent La Citadelle ou Les Clés du royaume (curieusement, Le Chapelier et son château, son premier roman, un grand succès de son vivant, semble plus oublié).

Personnellement, j’aime beaucoup les romans (La Citadelle en fait partie) où il évoque sa vocation de médecin et son engagement social : Sous le regard des étoiles, Les Années d’illusion ou Les Vertes Années et Le Destin de Robert Shannon. (La Lumière du Nord reste un livre passionnant sur la lutte pour l’indépendance d’un petit journal local.)

C’est pourquoi je me suis intéressé à un de ses derniers ouvrages, Le Signe du caducée, un roman d’initiation sur la jeunesse en Écosse (la ville mentionnée de Winton semble correspondre à Glasgow), au début du XXe siècle, d’un certain Lawrence Carroll [**] et des difficultés d’existence qu’il rencontre avant de pouvoir entreprendre des études de médecine.

Indéniablement, Le Signe du caducée s’inspire d’éléments autobiographiques de la vie d’A. J. Cronin puisque son personnage principal, un adolescent que nous quitterons à l’aube de ses seize ans, est marqué par une éducation catholique au sein d’une société majoritairement anglicane. Son père, d’origine irlandaise, meurt de tuberculose alors que son fils était encore écolier.

Séparé de ses parents durant la maladie de son père, Lawrence s’installe ensuite avec sa mère, d’abord au rez-de-chaussée d’une grande maison appartenant à une vieille dame généreuse, Miss Greville, puis dans une pension de famille.

Leurs conditions économiques s’étant dégradées, la mère et son fils devront de nouveau vivre séparément, Lawrence étant envoyé travailler chez un de ses oncles, un commerçant riche comme Crésus mais d’une avarice crasse. De son côté, sa mère entame des formations pour devenir infirmière.

Manifestement placé sous les auspices du David Copperfield de Charles Dickens, Le Signe du caducée raconte avec simplicité les vicissitudes du parcours de Lawrence Carroll, son amour pour ses parents, ses expériences malheureuses auprès de sa famille, son désir d’apprendre et de sortir de sa condition, mais aussi sa naïveté de jeune homme et ses premiers émois amoureux…

A. J. Cronin a d’ailleurs placé les deux volumes de son histoire de Laurence Carroll sous l’égide des deux premiers vers d’une comptine anglaise :

Sing a song of sixpence,

A pocket full of rye

dont les titres français ne rendent absolument pas compte, mais qui lui permettent de replonger dans son enfance.

 

Michel Sender.

 

[*] Le Signe du caducée (A Song of Sixpence, 1964) d’Archibald Joseph Cronin, roman traduit de l’anglais par Maurice Bernard Endrèbe, « Les Grandes Traductions », éditions Albin Michel, Paris, 1er trimestre 1965 ; 336 pages, 15 F.

"Le Signe du caducée" d'Archibald Joseph Cronin

[**] Dans La Misère et la gloire (A Pocketful of Rye, 1969) d’A. J. Cronin, traduit par Robert Latour en 1970 chez Albin Michel, considéré comme la suite du Signe du caducée, son prénom, plus conforme à l’original, est orthographié Laurence.

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Publié dans Littérature

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