Mercredi 2 décembre 2009 3 02 12 2009 17:17

 

Lundi dernier, sur Arte, j’ai revu Mr. Klein de Joseph Losey (1909-1984).

Un film que je n’ai pas en DVD, que je revois chaque fois que possible, tellement il le mérite, tellement les questions qu’il pose restent lancinantes.

Et, à chaque fois, je reprends L’Avant-Scène Cinéma [*] n° 175 du 1er novembre 1976 qui donne le découpage complet du film (au centre du numéro, seize pages de l’Anthologie du cinéma, dues à René Prédal, sont consacrées à Pier Paolo Pasolini, 1922-1975).

Mr. Klein a été présenté à Cannes en mai, il a dérouté et n’a obtenu aucune récompense. Le film est sorti en salles fin octobre et, dans le numéro de L’Avant-Scène, Robert Chazal, qui n’oublie pas « le forfait des jurés de Cannes », titre son introduction (belle clairvoyance) : « Un classique de demain. »

Au scénario original, un journaliste et écrivain italien, Franco Solinas (1927-1982) qui, l’année précédente, a travaillé au Soupçon (Il Sospetto, 1975) de Francesco Maselli (avec l’admirable Gian Maria Volonté), mais qui est surtout connu pour ses collaborations sur Salvatore Giuliano (1962) de Francesco Rosi, La Bataille d’Alger (1966) et Queimada (1969) de Gillo Pontecorvo, État de siège (1973) de Costa-Gavras (son dernier scénario sera Hanna K. du même Costa-Gavras).

Communiste italien, Franco Solinas écrit des scénarios politiques et engagés. Il a participé en 1972 à L’Assassinat de Trotsky de Joseph Losey et c’est un des acteurs français de ce film, Alain Delon, qui va porter et produire Mr. Klein, premier film français de cet immense réalisateur d’une grande culture européenne.

L’allusion et le processus kafkaïens sont manifestes (le Joseph K. du Procès) et plus Robert Klein veut se disculper plus il s’enfonce. C’est un marchand, un exploiteur, un profiteur même, du côté de l’ordre et du pouvoir mais qui, individuellement, tombe dans un piège qu’il ignorait et qui, inexorablement, va le broyer (on pourrait citer Bertolt Brecht), tandis que l’autre Robert Klein sans cesse renaît de ses cendres…

Les références artistiques (le tableau d’Adriaen van Ostade, la tapisserie…) ou historiques (Occupation, rafle du Vel’ d’Hiv’…) sont d’ordre général et réinterprétées par le cinéaste (difficultés de reconstitution et volonté allégorique) sans souci de l’exactitude précise et au risque de l’incohérence apparente (mais, derrière, il y a toute l’expérience d’Alexandre Trauner et la photographie de Gerry Fisher et Pierre-William Glenn).

La vérité de Mr. Klein est dans la trouble fête au château, dans la fougue indifférence de Florence (Jeanne Moreau) fonçant vers son grand meaulnes inconnu de nous, dans l’amour incompris de la concierge (Suzanne Flon), dans la véritable humanité de Jeanine (Juliet Berto) ne supportant pas l’ignoble spectacle de cabaret, dans les femmes solidaires, multiples (tantôt Isabelle, Cathy, Françoise ou Nathalie) et uniques dans l’entraide, dans l’ambiguïté des amis Pierre (Michel Lonsdale) et Nicole (Francine Bergé), dans l’obsession qui gagne et enferme Robert Klein (Alain Delon) dans son destin, etc.

Mr. Klein reste un poème infini – et un chef-d’œuvre continuellement questionné !

Michel Sender.

[*] Mr. Klein de Joseph Losey, L’Avant-Scène Cinéma n° 175, Paris, 1er novembre 1976 ; 68 pages, 10 F.

 

Par Michel Sender - Publié dans : Littérature - Communauté : Diaspora Zorange
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Lundi 30 novembre 2009 1 30 11 2009 14:05

 

Autre album sublimissime : Le Chat botté de rouge [*] d’Ayano Imai, chez Minedition.

« Librement inspirée du conte de Perrault », cette histoire prolonge malicieusement la drôlerie du Chat Botté original et m’a permis de découvrir Ayano Imai, extraordinaire auteur et illustratrice anglaise d’origine japonaise dont Michael Neugebauer a déjà publié en 2007 T’ilou (Chester).

Son premier livre, Le 108e Mouton (The 108th Sheep, édité en 2006 chez Bloomsbury au Royaume-Uni), est paru en France chez Gründ la même année.

Le Chat botté de rouge a été présenté à la dernière Foire de Bologne, au printemps 2009.

Une pure merveille !

Michel Sender.

[*] Le Chat botté de rouge (Puss & Boots), une histoire racontée et illustrée par Ayano Imai, traduction de Julie Duteil, Minedition, Paris, troisième trimestre 2009 ; 32 pages, 14 € (album relié-cartonné, 24 x 29,5 cm, composé en Papyrus 19). Intégralement consultable sur  www.minedition.com

 

Par Michel Sender - Publié dans : Littérature - Communauté : Diaspora Zorange
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Lundi 30 novembre 2009 1 30 11 2009 11:37

 Il y a quelques jours (juste avant la grippe), je suis tombé (je n’aurais jamais cru que c’était disponible dans le commerce) sur une édition récente des Fables [*] de La Fontaine illustrées par Boutet de Montvel.


Louis-Maurice Boutet de Monvel (1851-1913) est un formidable illustrateur de livres pour enfants dont je n’avais trouvé pour l’instant, en petit format chez Gautier-Languereau, que des volumes de Chansons de France.


Mais là, que vois-je ?, dans un format acceptable et dans un fac-similé proche de l’édition originale Plon et Nourrit de 1888 : grâce à l’École des loisirs, l’album cultissime des Fables de La Fontaine !


Or, je souhaite faire découvrir à ma fille (sept ans) les Fables de La Fontaine avant qu’elles ne lui soient proposées en récitations imposées et je ne veux pas qu’elle soit intimidée par une présentation rébarbative de poèmes tout-d’une-traite.


Et, là, la présentation, tout en respectant le texte original, est découpée en petites séquences radieuses et d’une sublimissime intelligence…

 

 

 Vingt-six fables (de La Cigale et la Fourmi à Le Rat et l’Huître, en passant par Les Deux Pigeons, Le Lion et le Rat, Le Chat, la Belette et le Petit Lapin, etc.) d’une simplicité, d’une évidence et d’une élégance – bibliques !


(Si vous le voulez, mettez mon émerveillement sur le compte de la fièvre.)


Michel Sender.


[*] Fables de La Fontaine illustrées par M. Boutet de Monvel, École des loisirs (première publication : 1980), Paris, janvier 2008 ; 48 pages, 14,50 € (album relié-cartonné, format 23 x 27 cm). www.ecoledesloisirs.fr

 

Par Michel Sender - Publié dans : Littérature - Communauté : Diaspora Zorange
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Dimanche 29 novembre 2009 7 29 11 2009 08:00


Plusieurs jours de fièvre, de große fatigue : syndrome grippal !

Pour moi la fièvre jette un froid et me met de mauvaise humeur.

Surtout quand je n’arrive pas à lire autre chose que VSD ou Paris Match chez le docteur.

À la maison, reçu le dernier Magazine littéraire de décembre sur George Orwell : trouvé bizarre le dessin de couverture d’Enki Bilal…

Pas réussi non plus à m’intéresser à Indépendance ou la philosophie du voyage en traîneau d’Eigil Knuth, un très court texte préfacé par Jean Malaurie chez Paulsen.

Vraiment la grande dépression !

Le seul livre, entre deux sommeils fiévreux, qui m’a sorti un peu de ma torpeur : Entrez donc, je vous attendais (Contes et devis) de François Caradec [*].

Un exemple :

Bibliophilie

Sur un rayon de sa bibliothèque, le vieux bibliophile, celui qui possède jalousement les lettres de Louise Colet à Gustave Flaubert, a posé une petite boîte vitrée portant cette étiquette :

« Préservatif ayant servi à Charles Baudelaire. »

 

On y retrouve l’humour oulipien et pataphysicien de François Caradec, grand spécialiste d’Alfred Jarry et d’Alphonse Allais, disparu il y a un an.

Michel Sender.

[*] Entrez donc, je vous attendais (Contes et devis) de François Caradec, éditions Mille et une nuits, Paris, mai 2009 ; 160 pages, 4 €.


Par Michel Sender - Publié dans : Littérature - Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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Mercredi 25 novembre 2009 3 25 11 2009 06:37


Tipanda l’évoque dans son blog : on commence à nous parler énormément du cinquantième anniversaire de la mort d’Albert Camus qui approche et on mentionne beaucoup moins le souvenir de Gérard Philipe (1922-1959), disparu à l’âge de trente-sept ans le 25 novembre 1959.

Arte lui a consacré une soirée et cela m’a mis la puce à l’oreille tellement la manie des anniversaires est souvent à l’origine des initiatives culturelles.

J’ai trouvé un livre d’Olivier Barrot, paru il y a un an chez Grasset et joliment intitulé L’Ami posthume [*], qui retrace efficacement, en une compilation honnête des témoignages connus, la vie et la carrière de Gérard Philipe.

Notre génération a été bercée à l’école par les poèmes de Jacques Prévert chantés par Yves Montand ou par les disques du Petit Prince et de Pierre et le loup avec la voix de Gérard Philipe. Plus tard, au collège et au lycée, ce furent les romans d’Albert Camus…

Il est amusant aujourd’hui d’apprendre, car nous n’avons pas pu les connaître (sauf par la lecture ou le cinéma : je me souviens par exemple du Till l’Espiègle de Gérard Philipe diffusé par les réseaux de projection de films à l’école), qu’Albert Camus était terriblement jaloux de Gérard Philipe jouant Les Épiphanies d’Henri Pichette avec Maria Casarès : « Tu sais, dans tout Paris on dit que Maria a couché avec ce con de Gérard Philipe », dit-il à Robert Gallimard.

Mais Gérard Philipe, c’est bien sûr le fringant Fanfan la Tulipe avec Gina Lollobrigida, Le Diable au corps avec Micheline Presle, L’Idiot de Dostoïevski, Fabrice del Dongo dans La Chartreuse de Parme et Julien Sorel, avec Danielle Darrieux, dans Le Rouge et le Noir, Les Grandes Manœuvres ou Les Orgueilleux avec Michèle Morgan, La Fièvre monte à El Pao de Luis Buñuel, etc. (J’en oublie.)

Et puis le festival d’Avignon, le TNP, Jean Vilar – par les disques (je ne sais s’il y a des films) et les photographies d’Agnès Varda. Un engagement militant aussi relayé par un compagnonnage avec le Parti communiste (les manifestations, les appels pour la paix, les voyages…) et un investissement personnel dans le syndicalisme professionnel des acteurs.

Gérard Philipe est devenu une icône posthume, éternellement jeune, lisse et tourmentée à la fois, une image de la culture populaire (on se plaît à le revoir manger des livres !) – et Le Temps d’un soupir d’Anne Philipe, sur sa maladie et sa mort, circulait ardemment chez les adolescents de toute une époque !

Souvenirs, souvenirs ?

Michel Sender.

[*] L’Ami posthume : Gérard Philipe, 1922-1959 d’Olivier Barrot, éditions Grasset, Paris, octobre 2008 ; 216 pages, 17,90 €.


Par Michel Sender - Publié dans : Littérature - Communauté : Diaspora Zorange
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