« Premier couplet
Le Fantôme de Marley
Disons-le d’emblée : Marley était mort. Là-dessus, pas l’ombre d’un doute. Le registre mortuaire portait la signature du pasteur, du clerc de paroisse, de l’entrepreneur des pompes funèbres
et de la personne qui avait mené le deuil. C’est Scrooge qui avait signé, et son nom était une garantie suffisante en Bourse, là où il choisissait d’intervenir. Donc, le vieux Marley était mort
comme un clou de porte. »
André Maurois rapporte dans son très bel Essai sur Dickens (Bernard Grasset, Paris, 1927) que, lorsque Charles Dickens (1812-1870) mourut, un petit
garçon demanda : « Mr. Dickens est mort. Est-ce que le Père Noël va mourir aussi ? »
Cette anecdote célèbre (réelle ou supposée) résume bien l’importance que revêtait – pour les enfants et les plus grands – les Contes de Noël de
Charles Dickens dont le plus célèbre, Un Chant de Noël (A Christmas Carol, 1843) fait l’objet d’une
nouvelle adaptation cinématographique, annoncée de longue date et qui va bientôt sortir sur les écrans français : Le Drôle de Noël de Scrooge,
film de Robert Zemeckis, produit par les studios Disney, avec Jim Carrey dans le rôle-titre.
J’ai déjà vu des éditions pour la jeunesse sous ce titre (notamment du Livre de Poche Jeunesse) mais Le Livre de Poche (« pour adultes », si je puis dire, avec une bande spécifique
« Le conte qui a inspiré le film… ») en profite (et je m’en félicite toujours, car elles sont souvent remarquables, à l’instar de celle
d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll parue cet été) pour publier une nouvelle édition de ce livre dans sa collection des « Classiques
de Poche ».
Christine Huguet – même si elle en remanie fortement le texte, y compris le titre connu longtemps comme Cantique de Noël – a choisi de partir d’une
des premières traductions françaises, celle d’André de Goy et de Melle de Saint-Romain, diffusée dès les années 1850 par la librairie Hachette, « sous la direction de P. Lorain » (numérisations par Google ou Gallica).
Dans une excellente introduction et des notes très efficaces, Christine Huguet rappelle fort bien la spécificité de ce Chant de Noël (le premier
des cinq Livres de Noël que Dickens publia jusqu’en 1848) et les nombreuses interprétations et adaptations qu’il suscita… Une histoire, immortelle,
de renaissance et de transfiguration.
L’ouvrage reprend également (hélas, en noir et blanc) les illustrations réalisées en 1843 par John Leech qui, un peu comme celles de John Tenniel pour Alice, fixent en quelque sorte notre mémoire.
Michel Sender.
[*] Un chant de Noël en prose – Histoire de fantômes pour la Noël (A Christmas Carol, In prose, A Ghost
Story of Christmas, Chapman & Hall, Londres, 1843) de Charles Dickens, première traduction pour Hachette [antérieure à 1853] d’André de Goy et de Melle de Saint-Romain, révision de la
traduction, présentation et notes de Christine Huguet, illustrations de John Leech, collection « Les Classiques de Poche », Le Livre de Poche, Librairie Générale Française, Paris,
octobre 2009 ; 192 pages, 4,50 €. www.livredepoche.com
J’aime également beaucoup la nouvelle traduction et édition de Laurent Bury d’Alice au Pays des merveilles suivi de La Traversée du Miroir de Lewis Carroll au Livre de Poche (Paris, juillet 2009 ; 320 pages, 6,50 €). (On annonce aussi un film de Tim Burton pour 2010.)
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