Jeudi 7 juillet 4 07 /07 /Juil 06:49

La Lettre écarlate Confluences 1946

 

« Les gens du vulgaire qui, en ces tristes jours d’autrefois, apportaient toujours une horreur grotesque à ce qui touchait leur imagination, avaient fait, à propos de la lettre écarlate, un récit dont nous pourrions promptement faire une légende terrifiante. On assurait que ce symbole n’était pas du simple drap écarlate teint d’une teinture terrestre, mais qu’il était rougi au feu de l’enfer et qu’on pouvait le voir briller tout étincelant chaque fois qu’Hester Prynne sortait la nuit. Et nous devons dire qu’il brûlait le sein d’Hester si profondément que peut-être y avait-il davantage de vérité dans cette rumeur que ne peut admettre notre moderne incrédulité. » (Fin du chapitre V, « Hester fait des travaux d’aiguille ».) [*]

Ayant trouvé récemment une édition française peu connue de La Lettre écarlate [**] de Nathaniel Hawthorne, je suis frappé de la poésie mystérieuse de ce livre, dont je connaissais l’intrigue mais que je n’avais jamais lu avec cette acuité.

Tout, y compris la longue introduction sur « La Douane », y est absolument sublime, malgré les méandres d’une écriture à la fois descriptive et transcendantale, et malgré une histoire aux outrances d’un autre âge…

Michel Sender.

[*] Texte anglais : “The vulgar, who, in those dreary old times, were always contributing a grotesque horror to what interested their imaginations, had a story about the scarlet letter which we might readily work up into a terrific legend. They averred that the symbol was not mere scarlet cloth, tinged in an earthly dye-pot, but was red-hot with infernal fire, and could be seen glowing all alight, whenever Hester Prynne walked abroad in the night-time. And we must needs say, it seared Hester's bosom so deeply, that perhaps there was more truth in the rumour than our modern incredulity may be inclined to admit.” (Chapter V, “Hester at her needle”.)

 

[**] La Lettre écarlate (The Scarlet Letter – A Romance, Ticknor, Reed and Fields, Boston, 1850) de Nathaniel Hawthorne, préface et traduction de Léon Perrin, éditions Confluences, Lyon, 2ème trimestre 1946.

 

Par Michel Sender - Publié dans : Littérature - Communauté : les fous de lecture
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Dimanche 26 juin 7 26 /06 /Juin 08:29

Des persiennes vert perroquet

 

 

« Lorsque Lucien Leuwen entre à Nancy avec son régiment, il tombe de cheval, rue de la Pompe, devant des persiennes vert perroquet dont l’une est entrouverte. En se relevant au milieu d’un éclat de rire général, il aperçoit derrière un rideau de croisée une jeune femme blonde, aux cheveux magnifiques et à l’air dédaigneux, que sa mésaventure amuse franchement. »

Ainsi débute, faisant référence à Stendhal, le très beau livre de Jacques Tournier, paru en 1998 chez Calmann-Lévy dans la collection littéraire dirigée par Martine Saada (*), Des persiennes vert perroquet.

Pour Jacques Tournier, le rappel de ces persiennes lui permet de tracer dix magnifiques portraits de femmes et, en ce qui me concerne, pour répondre à Tipanda après l’interruption de ce blog, cela m’évoque les livres lus dont je n’ai plus forcément le souvenir ou dont l’influx qui m’aurait permis d’en parler a disparu ou a été remplacé par d’autres aujourd’hui eux-mêmes contrebalancés par de nouvelles lectures.

En ce moment, je lis surtout des livres achetés d’occasion dans des brocantes ou des « Trocs de l’Isle » ou empruntés dans des bibliothèques. J’ai découvert ainsi, après ses biographies de Stefan Zweig ou de Clara Malraux, Les Yeux noirs (Les vies extraordinaires des sœurs Heredia) de Dominique Bona, un livre paru en 1989 chez Jean-Claude Lattès mais dont j’ai trouvé une édition (avec, d’ailleurs, quelques belles coquilles) de 1994 du défunt Cercle Maxi-Livres.

J’avais beaucoup aimé le Marie de Régnier de Robert Fleury réédité en 2008 dans la collection « Texto » des éditions Tallandier mais j’ai replongé avec plaisir (et aussi un peu d’effroi) dans ce monde des « écrivains de l’avant-siècle » chers à Hubert Juin : Pierre Louÿs et Jean de Tinan, Henri de Régnier, Maurice Maindron et René Doumic, la Revue des Deux-Mondes et André Chaumeix, etc., et dans ce destin extraordinaire des trois filles du poète. (C’est peut-être la raison pour laquelle je lis en ce moment le François Mauriac de Jean Lacouture.)

Autre particularité. Entamant la lecture de La Liste de Schindler (traduit par François Dupuis chez Robert Laffont, Paris, 1984) de Thomas Keneally dont je ne connaissais que l’adaptation cinématographique de Steven Spielberg, je tombe page 14 (de la réimpression de février 1994) sur le passage suivant : « Un sergent SS, portant gants blancs, se tenait au seuil de la porte. Il salua Herr Schindler et le remit entre les mains d’Ivan, l’ordonnance urkrainienne, qui prit le pardessus et le hambourg du visiteur. » (Page 162, il est question d’«ingénieurs SS, en pardessus et hambourg ».)

J’apprécie beaucoup le livre de Thomas Keneally que je trouve passionnant et beaucoup plus explicite et moins larmoyant que le film de Spielberg, mais mes interrogations sur l’acception (moi qui adore parler avec ma fille des hambourgeois ou des kartoffeln/potatoes des MacDo) du mot « hambourg » (un chapeau à plumes de Hambourg ?) bloque soudainement ma lecture !

Alors je ne sais plus quoi dire. – À bientôt !

Michel Sender.

(*) Martine Saada a ensuite dirigé une collection chez Grasset puis, pendant trois ans, le pôle littérature et documents des éditions du Seuil, dont elle vient de démissionner (voir le « Téléphone rouge » des pages littéraires du Nouvel Observateur du 23 juin 2011).

[Hier, j'ai publié mon deux centième article sur ce blog.]

 

Par Michel Sender - Publié dans : Littérature - Communauté : les fous de lecture
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Samedi 25 juin 6 25 /06 /Juin 17:56

Portable-en-panne.jpg

 

« Bibliothèque. Toujours en avoir une chez soi,

principalement quand on habite à la campagne. »

Gustave Flaubert

(Dictionnaire des idées reçues)

 

En buvant du café le matin il y a environ un mois et demi à deux mois, j’ai renversé (à moins que ce fût un des chats de la maison, peu importe) la tasse dudit breuvage sur le clavier de mon ordinateur portable et, malgré mes nettoyages, je n’arrivais plus à taper certaines lettres et ensuite je n’ai plus pu du tout mettre en route le bazar…

J’étais en carafe : plus d’ordinateur, plus de messagerie, plus de blog.

Le repos, pas encore éternel, mais presque !

En effet, le service après-vente du grand magasin (un rond-point qui se dit planétaire depuis peu) où je l’avais acheté est resté, malgré le versement obligatoire d’un acompte forfaitaire, évasif sur le délai de réparation.

Et pour cause : un devis, d’une société installée en Auvergne, nous est parvenu une quinzaine de jours plus tard, à renvoyer avec accord dans une enveloppe T, dans l’attente d’être recontacté par le magasin, etc.

Et nous attendions, nous attendions… Finalement, après un appel téléphonique de notre part, nous avons appris que l’appareil réparé était disponible depuis trois semaines. – Me revoilà donc !

À bientôt ?

Michel Sender.

 

Par Michel Sender - Publié dans : Littérature - Communauté : Diaspora Zorange
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Lundi 14 mars 1 14 /03 /Mars 16:33

Bonne Fortune de monsieur Ma (La) de Qiu Xiaolong

 

« Un soir de l’hiver 1962, des membres de la brigade des affaires spéciales firent irruption dans la cité de la Poussière Rouge pour perquisitionner la librairie de monsieur Ma.

Deux ou trois heures plus tard, ils l’emmenaient, menottes au poignet, suivis jusqu’à la rue du Fujian par madame Ma qui pleurait et suppliait. »

Vient de paraître chez Liana Levi un court volume contenant une nouvelle inédite de l’écrivain chinois réfugié aux États-Unis Qiu Xiaolong, La Bonne Fortune de monsieur Ma [*].

Présenté en deux parties et deux dates (1962 et 1982) sur le mode des bulletins d’information du recueil Cité de la Poussière Rouge paru en 2008 chez Liana Levi, ce dernier récit raconte de façon totalement neutre et iconoclaste la destinée de monsieur Ma, humble libraire arrêté en 1962 puis relâché en 1982, « dix ans avant la date prévue ».

Un de ses voisins, Huang Jialang (« Dans la librairie de monsieur Ma, il avait lu toutes les traductions disponibles en chinois des enquêtes de Sherlock Holmes, sans en acheter une seule », nous précise l’auteur), essaye de connaître les raisons de son arrestation et, finalement, croit savoir que l’on a trouvé chez lui, en version anglaise, « un livre russe à propos d’un docteur russe », livre interdit en Union soviétique.

Vingt ans après, à sa libération, monsieur Ma qui, durant son emprisonnement, n’a été autorisé qu’à étudier un seul ouvrage, un dictionnaire de médecine, décide d’ouvrir une herboristerie, un commerce qui, lui, marchera très fort – tout cela grâce au Docteur Jivago !

Une belle histoire, simple et touchante, qui m’a donné envie de reprendre ce blog…

Michel Sender.

[*] La Bonne Fortune de monsieur Ma (Doctor Zhivago, 2010) de Qiu Xialong, traduit de l’anglais (États-Unis) par Fanchita Gonzalez Batlle, collection « Piccolo », éditions Liana Levi, Paris, février 2011 ; 64 pages, 4 €. www.lianalevi.fr

 

Par Michel Sender - Publié dans : Littérature - Communauté : Diaspora Zorange
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Mardi 30 novembre 2 30 /11 /Nov 12:18

La carte et le territoire-Houellebecq-Goncourt 2010-CC-BY-S

« Je ne suis pas un citoyen et je n’ai pas envie de le devenir. »

Un lecteur outré relevait, dans le dernier numéro de Télérama (n° 3176 du 24 novembre 2010), cette déclaration iconoclaste de Michel Houellebecq sur les ondes de France Inter au lendemain de l’attribution du prix Goncourt de cette année.

Et c’est en écoutant hier France Info en voiture que j’ai appris que son roman La Carte et le Territoire était disponible gratuitement sur le Web.

Jusqu’à présent, je n’ai pas été très intéressé par les livres de Michel Houellebecq. (J’ai essayé une année de lire Les Particules élémentaires et je n’ai jamais pu dépasser les premières pages.)

Depuis, je suis de loin les informations le concernant même si j’avais beaucoup ri aux bonnes-feuilles et aux critiques diverses d’Ennemis publics (le livre coréalisé avec Bernard-Henri Lévy) parues dans la presse…

Alors, bien sûr, en cette rentrée littéraire 2010, j’ai noté le changement radical effectué dans la promotion de son nouveau roman, les comptes rendus dithyrambiques dans de nombreux journaux, le succès public augmenté de l’obtention du prix Goncourt, etc. – sans que la polémique sur d’éventuels plagiats y change grand-chose (bien au contraire) !

Je me portais fort bien de tout cela quand France Info me met la puce à l’oreille.

Ce matin, je regarde sur Internet et, après de très brèves recherches, je tombe effectivement sur le texte de Michel Houellebecq : 134 pages hyper-tassées, serrées comme des sardines, difficilement ingérables…

Du coup, comme je supporte mal la lecture sur écran et comme j’aime toujours vérifier les sources, que croyez-vous que je fis ? J’ai couru au marchand de livres le plus proche de chez moi, pour acquérir La Carte et le Territoire version éditions Flammarion, en plus de quatre cents pages « papier », plus aérée.

À la réflexion, quoi qu’on en dise, cette diffusion de La Carte et le Territoire sur le Net ne saurait nuire à la distribution réelle du livre – au contraire, elle fait du bruit et le fait connaître encore plus !

Michel Sender.

Voir http://www.archive.org/details/LaCarteEtLeTerritoire

 

 Carte et le territoire (La) Michel Houellebecq Editions Fla

 

ou La Carte et le Territoire de Michel Houellebecq, éditions Flammarion, Paris, septembre 2010 ; 432 pages, 22 € (mise en page par Meta-systems à Roubaix, achevé d’imprimer sur Roto-Page par l’imprimerie Floch à Mayenne en juillet 2010). www.michelhouellebecq.com

 

Par Michel Sender - Publié dans : Littérature - Communauté : Diaspora Zorange
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  • : En complément – ou en contrepoint – de mon blog personnel sur Orange, "Le Messager des livres", j’éprouve le besoin d’ouvrir "La Messagerie littéraire de Michel Sender" *, mon grignotage personnel, mes notes, qui ne donneront peut-être pas des articles construits. Plutôt qu’une diligence en folie (ça y ressemble parfois), j’ai choisi l’image du tilbury, plus paisible, espère-je. M. S. * Abréviation : Melisender.
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